|
LE PINCEAU
INTRODUCTION:
Il est toujours un peu intimidant, quand on commence à peindre, de choisir un pinceau s’adaptant à ce que l’on veut réaliser. Les fibres naturelles sont-elles vraiment meilleures que les synthétiques? Que faire avec un pinceau à putoiser? Faut-il utiliser la pointe d’un # 5
pour peindre un trait fin, ou doit-on investir dans un pinceau à filets? A quoi sert telle ou telle brosse? Qu’est ce que Filbert brush veut dire?
Beaucoup de questions que l’on se pose sans nécessairement avoir la réponse qui nous convienne vraiment. Je vais essayer d’y répondre en mettant l’accent sur la discipline qui nous intéresse le plus: la peinture sur bois.
ETYMOLOGIE:
Du latin peniculus: petite queue.
HISTOIRE:
C’est en Chine il y a plus de 4000 ans que nait l’ancêtre du pinceau : une touffe de poils d’animaux comme le poney mise au bout d’un bambou servit aux chinois à peindre leurs idéogrammes. Cette idée fit lentement son chemin vers l’Europe ou chaque artiste se mit à fabriquer ses propres pinceaux comme il le faisait pour ses propres couleurs.
Ce ne fut qu’au début du XVIIIème siècle que la virole métallique pris son importance puisqu’elle maintiendra les fibres en place d’une manière plus sûre et plus durable. A la veille de la révolution industrielle, le pas de la fabrication en série est franchit notamment en France où la qualité du produit fut un objectif majeur. Encore de nos jours, la réputation des fabricants français est excellente de par le monde entier.
FABRICATION:
Le pinceau (appelé brosse quand il est plat) se compose de trois parties majeures :
-A/ le manche qui se doit d’être fait d’un bois assez solide, brut ou laqué;
-B/ la virole, généralement en métal (laiton nickelé), plus rarement en plastique, comme sur les pinceaux à putoiser, à chiqueter ou à blaireauter;
-C/ les poils ou soies. Ces derniers ont une racine qui sera enfermée dans la virole, et une fleur qui servira pour peindre. Cette fleur peut être simple sur les pinceaux à poil fin comme la martre ou le synthétique ou multiple sur les soies de porc et qui se présente comme un cheveu fourchu c’est-à-dire avec plusieurs terminaisons sur une même soie.

Les principales étapes de sa fabrication sont les suivantes:
l/ Peignage et mélange du poil,
2/ Elimination des poils tête-bêche et mise en forme du bombé (s’il y a lieu),
3/ Prise de la pincée, nouage de la touffe avant collage et insertion dans la virole,
4/ Contrôle et test à la loupe,
5/ Laquage et marquage du manche,
6/ Emmanchage et sertissage.
LES DIFFERENTS TYPES DE PINCEAUX:
Les soies de porc, beau-blanc, demi-blancs, spéciales,
Les poils: en martre (de Corée, de Chine ou visel), en martre rouge Kolinsky {de Russie ou de Manchourie au prix plus élevé que celui de I’or), en martrette, en oreille de bœuf, en petit-gris (écureuil) dont le Kazan de Russie, le Saccamina et le canadien, en poney (appelé à tort poil de chameau) en chèvre, en putois;
Les autres: en synthétique (généralement polyamide), dont le Kaërell, le Kaërell fine-fleur et le sépia. Les dimensions d'un pinceau ou d'une brosse se mesurent à l’extrémité supérieure de la virole.
LEQUEL ? POUR QUOI FAIRE?
En règle générale les soies de porc sont à éviter en peinture sur bois car peu adaptées.
Fig.2 Le pinceau rond:
De 6/0 à 12. Sert à peindre les virgules et les détails d'un motif. Il sert aussi pour l'expression des détails, les retouches, les finitions et le remplissage des couleurs. C'est le pinceau le plus employé chez les peintres sur bois, généralement #3 à 6 selon le motif, en martre ou en Kâerell. Travailler sur la tranche d'un pinceau rond bien aplati permet de peindre des traits très fins. En anglais: round brush.
Fig.3 La brosse:
De 0 à 32 selon les marques. Décrite comme un pinceau plat à bout carré, la longueur de ses poils peut varier: brosse longue ou courte. Utilisée le plus souvent pour les couches de fond (# l8 ou 20), la céruse, la lasure et pour l’application des vernis quand elle est longue et pour les décors en aplat ou sur tranche, pour le remplissage de surfaces importantes dans les motifs, pour ajouter certaines touches de couleur « en flotté » lorsqu’elle est courte. Pleins et déliés d’amplitude importante. En anglais: flat brush ou shader
Fig. 4 Le traceur:
De l0/0 à 6 pour les traceurs longs et de 6/0 à 4 pour les courts. Nécessaires pour les traits fins courts ou en continue et pour les détails. Plus les fibres sont longues plus les traits seront droits. Un peu d’entrainement apprend à bien maîtriser ce pinceau. Idéal pour souligner certaines parties d'un motif. En anglais: Liner brush ou scroller
Fig. 5 Le pinceau usé-bombé:
De 2 à 12. Se présente aussi comme une brosse mais l’extrémité est arrondie. Pour les volutes norvégiennes (rosemaling), I’ajout de touches discrètes et les fondus. En fait, peut s’utiliser aussi bien comme un pinceau que comme une brosse, sur tranche ou en aplat Les bords du coup de pinceau seront plus doux. En anglais : Filbert brush ou cat’s tongue.
Fig. 6 Le pinceau biseauté:
De 2 à l2. Se présente comme une brosse, l’extrémité n’est plus carrée mais légèrement plus longue d’un côté que de l’autre. Utilisée pour peindre en pleins et déliés sur la pointe ou sur la tranche. Permet de nombreux effets et astuces ; idéale aussi pour les dégradés. En anglais: angular shader.
Fig. 7 L'éventail:
De 2 à 12. Une brosse fine don! Les poils sont disposés en éventail. Pour le travail d'effets spéciaux, de traits multiples et d’estompage. Indispensable pour le rendu des matières en trompe-I’œil. En anglais: Fan brush.

D’autres pinceaux moins utilisés:
Brosse à pochoir:
de 2/0 à 12 en soies de porc le plus souvent; dotée d’un manche court pour une meilleure prise en main. Les soies sont toutes de la même longueur pour faciliter le report uniforme de la peinture, de la brosse à la surface. En anglais : stencil brush.
Pinceau à putoiser ou pied-de-biche:
De 1 à 20 selon les marques. Ressemble à une brosse à pochoir mais en fibres naturelles et coupé en biais. Idéal pour peindre les feuillages dans un paysage, la fourrure de certains animaux, ou traiter des fausses matières. En anglais: Deerfoot brush ou stippler.
Pinceau à blaireauter:
De I à 8. Ressemble à s’y méprendre à un pinceau à maquillage. Les poils sont extrêmement doux; utilisé pour estomper et adoucir les coups de pinceau tout particulièrement pour les fausses matières. Utilisé aussi pour adoucir les patines à l’acrylique. En anglais: mop brush
Pinceau à chiqueter:
De I a 3 pour les cornes à plat et de 6 à 12 pour les cornes en rond. Habituellement en petit-gris, ils sont utilisés principalement pour les fausses matières et sont assez chers. Ressemblent à des pinceaux à blaireauter mais leur extrémité est plate et en touffes (cornes) de 2 ou 3 sur le même manche En anglais : Chiqueter brush.
Palette à dorer:
Comme son nom l’indique, une brosse très large et très douce utilisée pour la dorure. En anglais : Gilder tip
CONCLUSION:
Souvenons-nous que si le pinceau ne fait pas I 'artiste, il lui est cependant précieux et indispensable. Un entretient constant et efficace fera de lui un outil durable et fidèle. Ainsi, ne le laissez pas tremper dans l'eau sur sa pointe, elle risquerait de se courber ; rincez-le souvent dans une eau propre lors d un usage prolongé ou avec un peu de détergent lorsque vous avez fini de vous en servir, en insistant tout particulièrement près de la virole; rangez-le la pointe vers le haut ou mieux, replacez son étui protecteur autour des soies ( à défaut, une paille coupée fera l'affaire); sa pointe doit toujours être effilée soit en l'humectant avec de la salive, soit en la trempant dans un peu de retardateur
Bref, le pinceau est le compagnon le plus fidèle de I'artiste, aimez-le comme tel.
Autre chose : Ne jetez jamais vos vieux pinceaux : ils pourraient vous servir lorsque vous ferez un travail qui les mettra sous stress comme peindre une fausse matière ou le tour d’un objet. Rappelez-vous que chaque pinceau à sa propre fonction et qu'en principe, il reste un objet personnel.
Alain PETRON
|